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  Gad Elmaleh
  SVP-Israel numero : 16
“Nous devons inciter les gens à voyager en Israël pour ressentir et aimer ce pays”
 
SVP-Israël : Votre nouveau spectacle “Papa est en haut” a fait le plein à l’Olympia avant de partir en tournée à travers toute la France. Il a pour thèmes la paternité, l’enfance, l’éducation et la difficulté d’élever un enfant tout en étant star. C’est-à-dire votre propre situation. Comment en effet Gad Elmaleh exerce t-il son rôle de père ?
– Gad Elmaleh : C’est un mélange de deux choses : C’est-à-dire l’obligation de “mixer” l’éducation que j’ai reçue pour la transmettre à mon fils (âgé de 7 ans) avec la réalité des jeunes. Tu te doutes que c’est une mission très difficile car j’ai été profondément éduqué avec des valeurs judéo-marocaines que je respecte et honore, qui m’ont complètement formé et grâce auxquelles je suis ce que je suis aujourd’hui. Or, il est évident que vouloir aujourd’hui perpétuer cette éducation envers la nouvelle génération est devenue mission impossible. Il faut donc s’adapter et tenter de concilier, pour l’éducation de mon fils, les riches enseignements de ma vie d’enfant au Maroc avec la vie moderne actuelle, tellement différente.
Je dois dire que mes parents m’aident beaucoup à faire le lien avec ce passé et nos origines. Je tiens donc parfaitement mon rôle de père, aime mon fils, l’éduque et le protège, et il est souvent chez mes parents, surtout le shabbat. La meilleure façon de perpétuer les traditions…     

– Toujours le thème du Père et de la famille, puisque vous revenez également dans l’actualité cinématographique avec le dernier film de Marco Carmel, “Comme ton père” qui raconte l’histoire d’une famille qui débarque à Marseille puis à Paris dans les années soixante-dix. Un rôle qui vous rappelle - aviez-vous dit - votre propre départ du Maroc durant les années 90. Comment aviez-vous alors vécu cette rupture avec votre pays natal et vos premières années au Canada puis en France ?
– Je suis très attaché au Maroc. Je reste d’ailleurs très lié avec beaucoup d’amis en France qui, comme moi, ont grandi dans le pays et quitté le Maroc à 17, 18 ans. C’est-à-dire qu’on connaît bien le Maroc et avons tous gardé de notre vie là-bas, de magnifiques souvenirs. D’ailleurs, notre propre connaissance et pratique du judaïsme, c’est au Maroc que nous l’avons vécu dès notre plus jeune âge. Nous avons été façonnés et éduqués par cet environnement. Ce qui est assez rare pour tous les gens de notre génération, dont la plupart sont nés en France ou y sont arrivés à l’âge d’enfant. Donc, à travers ce film, et lorsque je dois jouer cette scène du type qui découvre Paris, je l’avais vraiment vécu. Tu sais, pour moi, ce fut une véritable immigration, avec demande de carte de séjour à la préfecture et les longues queues dans les administrations pour obtenir les papiers…
En fait, ce qui me dérangeait le plus à cette époque, c’était surtout d’être seul, sans mes parents, arrivés en France il y a seulement 5 ans. Sinon, ce fut une période magique. Venir du Canada et découvrir la France à 20 ans, aller à des cours de théâtre, sortir, rencontrer des amis… Ce ne sont que de bons souvenirs…

– En février 2006, lors de votre spectacle à Jérusalem, les 3 000 israéliens présents ont pris en pleine figure un torrent d’amour. Vous aviez alors tout donné et laissé parler votre cœur et votre âme pour dire à quel point vous aimiez Israël et fier de vous produire à Jérusalem. Pouvez-vous nous préciser quels sentiments vous éprouviez exactement lors de cette soirée ?
– C’était très fort, ce qui s’était passé ce soir-là. Ce fut d’ailleurs une accumulation de choses. Le fait déjà de faire découvrir Israël à toute mon équipe composée de non juifs, et qui ensuite m’ont tous remercié de leur avoir fait connaître ce merveilleux pays. Ils ont été très surpris de voir ce qu’ils voyaient, car ils allaient au-delà des images de télévision et de la vision des medias à travers lesquels ils imaginaient un autre Israël et les empêchaient de cerner et d’entrevoir la réalité du pays. C’est une chose que nous tous, devons faire : inciter les gens à voyager pour ressentir et aimer ce pays. J’en parle tous les jours à mes amis et forcement aux artistes que je côtoie, notamment Gérard Depardieu qui raffole d’Israël et de Tel Aviv qu’il visite très souvent, et qui me dit toujours « Qu’est-ce que c’est que ce pays ! Il est magnifique et incroyable ! Quels gens extraordinaires et quels artistes je rencontre tous les jours ! ». Moi-même, je suis très attaché à Tel Aviv où j’ai beaucoup d’amis israéliens, notamment des artistes et humoristes dont le recul et l’auto-dérision me stupéfient. Le texte et l’humour ravageur de leurs spectacles vont très loin, beaucoup plus loin que les humoristes juifs français ! Si nous disions le dixième de ce qu’ils osent dire, ce serait très mal ressenti par notre public… Ce qui prouve bien que la société israélienne, ne serait-ce que par le regard acerbe et créatif que ses artistes portent sur elle, est une société très saine, équilibrée et vivante.
Pour en revenir à votre question sur mon spectacle de Jérusalem où je me produisais pour la 1ère fois, il faut savoir qu’il a duré trois heures au lieu de deux. Il faut être très heureux sur scène pour rester une heure de plus !... J’improvisais, parlais en hébreu, interpellais un public incroyable de vivacité et de chaleur… Ce fut un vrai régal. J’ai également ressenti dans le public francophone comme un immense plaisir de se retrouver ainsi ensemble, dans la joie et la bonne humeur.

– Parlez-vous vraiment couramment l’hébreu comme on pouvait l’entendre lors de votre spectacle en Israël ?
– Oui. Très bien. Ce n’était pas du texte appris par cœur. Je parle en effet couramment l’hébreu. Grâce notamment à une femme…

– Vous avez affirmé qu’il faudrait que plus d’artistes - juifs et non juifs - viennent en Israël pour montrer au monde qu’il y a des gens qui savent rire et vivre. Quels artistes français souhaitez-vous entraîner dans votre sillage ?
– Tous. Qu’il s’agisse d’artistes juifs et non juifs, tous devraient y organiser leurs tournées, et pas seulement les danseurs de ballets ou les musiciens classiques qui y vont souvent. Tous les artistes. Le public israélien est un excellent public.

– A quand votre nouveau spectacle “Papa est en haut” en Israël ? Un titre, s’il n’était pas changé, pourrait aussi signifier que Papa est monté en Israël… ou a fait son Alyah…
– L’Alyah, je ne sais pas… mais bien sûr que je souhaite jouer mon nouveau spectacle en Israël ! De tout mon cœur et le plus tôt possible… Et pourquoi pas en 2009 ? Après ma tournée en France ? En tous cas, quand cela se fera, je jouerai cette fois-ci à Tel Aviv, Haïfa, Nétanya et à Ashdod.

– Quelles sont vos habitudes, vos lieux de prédilection et vos rencontres lors de vos nombreux séjours en Israël ?
– J’adore manger au restaurant la Cantina, à Tel Aviv. J’y suis tous les soirs et y rencontre la plupart des artistes israéliens du pays : chanteurs, humoristes, comédiens… Sinon, je suis un touriste comme un autre. La Tayelet, la plage… avec toutefois une prédilection pour le nord, et j’adore résider dans les Zimerim (gîtes ruraux), en Galilée. Je suis un grand amoureux du pays. Je m’y sens bien. Israël me donne du bonheur comme nulle part ailleurs dans le monde. J’aime surtout profiter de la beauté naturelle et bienfaisante de la Galilée, du Néguev ou de la Mer Morte, et quelques jours après, me fondre et m’étourdir dans la folie de Tel Aviv, surtout aux heures avancées de la nuit. J’ai été à New York, Tokyo, Munich ou Milan… Jamais, je n’ai connu, venant des jeunes, une telle jubilation et envie de vivre et une telle frénésie pour en profiter… D’ailleurs, les meilleurs DJ du monde se bousculent pour avoir le bonheur d’exercer leurs talents à Tel Aviv et faire danser sa jeunesse.

– On sait que vous tenez à mieux faire connaître Shlomo Bar en France. Pouvez-vous nous présenter l’artiste que vous avez produit et qui a connu un très beau succès à Paris en février dernier ?
– Shlomo Bar est un phénomène venu du Maroc, car il a créé une nouvelle forme de fusion entre origines Sépharades et racines de l’Est. Le mélange d’instruments de l’Est et de l’Ouest donne ainsi naissance à un rythme unique, qui touche droit au cœur tous ceux qui l’écoutent.
C’est un grand maître de la World Music et un grand maître de l’écriture. Ses paroles sont très mystiques, tirées de la Thora et de sa propre culture. Il chante la paix, l’éducation et l’héritage mystique judéo-marocain. Il a bercé toute mon enfance. Le vendredi soir, en famille, on jouait des percussions et des chansons de Shlomo Bar. Le groupe qu’il a créé en 1978 Habrera Hativeet, était un précurseur dans tout ce qu’on voit et entend actuellement en Israël, notamment avec Idan Raichel. Il a d’ailleurs fondé une école de musique très réputée en Israël. Je l’adore et c’est pourquoi j’avais décidé de le produire pour cette soirée exceptionnelle du 10 février dernier à Paris, au Bataclan.

– Le temps passe et Gad, le petit juif de Casablanca a aujourd’hui presque 4 fois 10 ans. Considérant votre vie d’homme et d’artiste comblé, de quoi êtes-vous aujourd’hui le plus fier et à contrario, qu’est-ce qui vous donne le plus de regrets ?
– Ma plus grande fierté, c’est avoir gardé ma famille autour de moi, malgré le tourbillon de la notoriété. Mon plus grand regret, ou plutôt ma tristesse, c’est que mon grand-père, Yehuda Elmaleh, qui a été le 1er artiste de la famille n’ait pas pu voir son petit-fils sur scène. Il maniait l’humour, l’imitation, la parodie comme personne, et c’est beaucoup grâce à lui que je fais l’artiste… et que mon père avait choisi un moment le métier de mime au Maroc…

   par Gilles Sitruk
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